Le mystère renouvelé

Cédric Barberis ou le mystère renouvelé 

L’artiste crée, comme une obligation, comme un besoin qui le submerge, « comme une envie de pisser », disait Pierre-Auguste Renoir, comme un appel souterrain, un désir tortueux, subversif, pervers, transcendant.

Mais que nous dit l’artiste ?

L’autre jour, je suis venue te rendre visite dans ton atelier de Saillon. Saillon, un bien beau village qui couvre la colline, lui tient chaud en hiver, l’épouse au printemps, l’étreint en été et lui rend grâce en automne. Donc, là-haut sur la colline, entre les maisons et les paysages, se trouve l’atelier de Cédric Barberis, artiste peintre et sacristain de son état. Tu m’as ouvert la porte de ton atelier et j’ai découvert l’endroit où tu crées. Un endroit qui te ressemble, accueillant, serein, simple.

Il y a chez toi cet amour pour les femmes, cet amour pour les corps, pour les visages féminins.

Oui, la création est un mystère impénétrable qui mêle l’artiste, son passé, ses rêves, ses douleurs, son vécu, avec le présent, l’émotion, le temps et quelque chose d’autre qu’on peut appeler l’inspiration, cette muse capricieuse, cette amante ardente et froide, cette idée qui flotte entre les émois et la matière et ce hasard incertain et souverain.

Bien sûr, il y a ton humeur du jour, il y a cet homme que tu croises ce matin sur le chemin de ton atelier avec son regard préoccupé, il y a l’oiseau qui s’envole d’un coup sur le toit d’en face, il y a la lumière qui éclaire le sommet de la montagne, là-haut, il y a cette idée qui revient dans ta tête depuis quelques jours et il y a aussi cette part de mystère qui vient d’ailleurs, de plus loin, de plus profond et qui fait scintiller un regard, resplendir une épaule, cette inspiration qui surgit de nulle part, qui vole et s’envole comme un papillon éphémère et fragile.

L’émotion, les couleurs, les formes, l’intensité. La loi organique qui s’épuise en recréant l’absolu de la courbe d’une hanche dans un décor qui s’échappe.

Intemporalité et universalité. On pourrait te retrouver dans l’atelier de Pierre-Auguste Renoir, habitant une région exotique, entouré de Tahitiennes, recherchant la vérité dans le regard de La Goulue, arpentant les champs de blés. On peut aussi naviguer avec toi entre les siècles et découvrir des bribes d’histoires artistiques et vitales ensemencées par le désir et la chair jouisseuse. Mais quoi de plus exotique que le village de Saillon, là-haut sur la colline, au-dessus des turpitudes et des chamailleries, ton métier de sacristain, les femmes de ta vie, ton épouse et tes deux filles. Quoi de plus charnel que ton rire, rond, entier qui donne envie de partager, de faire bombance et ripaille à la fois.

Mais il y a aussi cette part d’ombre, cette inquiétude, ce tourment, cette tension mêlée à la volupté, à l’extase, à la sensualité. Et Dieu créa la femme à l’image du plaisir et de la joie, à l’image du secret et du mystère, à l’image du don et de la retenue, entre des étendues de couleurs lointaines et vaporeuses, des mouvements lourds et fiers, des désirs féroces et profonds.

Des mots qui viennent entre les pages de l’histoire des hommes, des mots qui suivent les lignes, les formes, les regards, qui s’engouffrent entre les plis et s’essoufflent.

Et après, il faut se taire et s’imprégner du moment, du sentiment, de la jouissance, des errances qui jouent entre les couleurs et les formes, ne plus penser, redevenir matière, réapprendre à toucher et à respirer pour mieux embrasser la vie. Et accepter de n’avoir toujours pas bien compris.

L’autre jour, en passant par Rossinière, j’ai visionné quelques films sur Balthus. Balthus dans son atelier, travaillant inlassablement. Un autre monde, une autre époque, loin des fureurs et du bruit, un monde de délicatesse et de labeur, de recherche avec toujours cette part de vie qui échappe à la loi, aux règles, aux discours, à l’étude, cette étincelle qui fusionne le ciel et la terre, le connu et l’inconnu.

« Je suis convaincu que le mot « artiste » est une insulte car, dès son apparition, l’amour de l’artisanat a disparu. » Balthus

Véronique Chobaz

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